Lorsque l’on marche dans les rues de Strasbourg, il suffit de lever les yeux vers les façades anciennes pour sentir que la ville porte encore l’empreinte de ses premiers imprimeurs. Tout commence au XVe siècle, à une époque où l’Europe découvre l’extraordinaire pouvoir de l’imprimerie. Après Mayence, Strasbourg devient l’un des tout premiers foyers où les caractères de métal se mettent à danser sur le papier. Dans les ateliers qui s’ouvrent près de la cathédrale, on imprime des textes religieux, des traités juridiques, des ouvrages universitaires et des écrits humanistes. L’Université, en plein essor, nourrit cette effervescence : les idées circulent, se discutent, se diffusent, et l’imprimerie devient leur souffle.
Parmi les pionniers, un nom revient comme une signature : Johann Mentelin. Vers 1458, il installe son atelier et multiplie les éditions et contribue à faire de Strasbourg un centre typographique incontournable. Plus tard, Adolf Rusch, imprimeur humaniste, s’attache à faire revivre les textes antiques, offrant aux lecteurs strasbourgeois les trésors de la pensée classique.
Avec la Réforme, l’imprimerie devient un véritable instrument de transformation sociale. Les presses strasbourgeoises tournent sans relâche : sermons, catéchismes, pamphlets, textes théologiques… Les idées nouvelles trouvent ici un terreau fertile. Martin Bucer, figure majeure de la Réforme locale, s’appuie sur un réseau d’imprimeurs qui diffusent ses écrits bien au-delà des frontières de la ville. Strasbourg devient alors un carrefour intellectuel où la parole imprimée façonne les consciences.
Les siècles passent, et l’imprimerie évolue. Aux XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles, les ateliers se diversifient : formulaires administratifs, publications savantes, impressions de labeur. Après 1871, sous le Reichsland, les pratiques typographiques se teintent d’influences allemandes. Puis, en 1918, la ville revient au droit français, sans jamais perdre son identité graphique ni son savoir-faire.
Aujourd’hui encore, Strasbourg porte cet héritage avec fierté. Les collections de la Bibliothèque nationale et universitaire, les musées et les parcours urbains racontent cette aventure du livre. La ville demeure un lieu de formation, de création et de transmission autour de l’édition, de la typographie et de l’illustration ; la Haute École des Arts du Rhin et le lycée Gutenberg. Marcher dans Strasbourg, c’est suivre les pas des imprimeurs qui, depuis plus de cinq siècles, ont donné forme aux idées. C’est ce que les étudiants de BTS première année ont pu découvrir ce vendredi après midi d’octobre.



